En Suisse, un arrêt maladie n'est garanti que 3 semaines — sauf si l'employeur a pensé à s'assurer.
En France, un arrêt maladie déclenche automatiquement une prise en charge par la Sécurité sociale, complétée par votre mutuelle. En Suisse, ce réflexe n'existe pas — et beaucoup de nouveaux arrivants ne le découvrent qu'au moment où ils en ont besoin. La loi suisse garantit un maintien de salaire, mais sur une durée bien plus courte que ce à quoi la Sécu habitue, et rien n'oblige votre employeur à faire mieux. Sans vérification en amont, un arrêt maladie prolongé peut se traduire par plusieurs semaines sans revenu, à un moment où vous n'avez ni l'énergie ni le temps de le découvrir. Cette leçon vous donne le mécanisme exact et la question précise à poser à votre employeur.
Avant de partir, 7 décisions que la plupart des Français ratent. Le guide est gratuit.
Ce que la Sécu faisait sans que vous y pensiez
En France, l'arrêt maladie active un mécanisme quasi automatique : indemnités journalières de la Sécurité sociale, complément employeur selon convention collective, mutuelle en appoint. Le système suisse n'a pas d'équivalent structurel — chaque employeur gère sa propre obligation, avec une marge de manœuvre légale qui peut se traduire en pratique par des situations très différentes d'une entreprise à l'autre.
L'échelle bernoise : le minimum légal, pas la norme
L'article 324a du Code des obligations impose à l'employeur de maintenir 100% du salaire en cas de maladie — mais pour une durée qui dépend de votre ancienneté, calculée selon un barème jurisprudentiel appelé échelle bernoise (la référence en Suisse romande) :
1ère année de service : 3 semaines seulement
2ème année : 1 mois
5ème année : environ 3 mois
La durée continue de progresser avec l'ancienneté, sans jamais devenir illimitée
Trois semaines en première année, c'est le point qui surprend le plus les nouveaux arrivants — pour quelqu'un habitué au système français, ça paraît extrêmement court. Deux autres barèmes coexistent en Suisse alémanique (échelles bâloise et zurichoise), avec des durées légèrement différentes selon le canton.
L'assurance perte de gain maladie (APGM) : le vrai filet, mais facultatif
Pour prolonger cette couverture au-delà de l'échelle bernoise, la plupart des employeurs souscrivent une assurance perte de gain maladie (APGM) — mais rien ne les y oblige légalement, sauf si une convention collective de travail (CCT) l'impose pour votre secteur. Quand elle existe, l'APGM prend le relais après un délai d'attente (souvent 30 jours) et verse généralement 80% du salaire jusqu'à 730 jours au maximum.
L'écart entre "l'employeur a une APGM" et "l'employeur n'en a pas" est donc considérable : dans un cas, vous êtes couvert à 80% pendant près de deux ans en cas de maladie longue ; dans l'autre, vous retombez sur l'échelle bernoise seule, qui s'épuise en quelques semaines à quelques mois selon votre ancienneté.
La question à poser avant de signer
Une seule question suffit à clarifier votre situation : "L'entreprise a-t-elle souscrit une assurance perte de gain maladie collective, et à partir de quel jour d'absence prend-elle le relais ?" La réponse doit apparaître dans votre contrat ou le règlement du personnel — si l'employeur ne sait pas répondre clairement, c'est en soi un signal à prendre au sérieux.
Un mécanisme distinct : la protection contre le licenciement
Ne confondez pas la durée de maintien du salaire avec la protection contre le licenciement (article 336c CO), qui suit un calendrier différent : 30 jours de protection en 1ère année, 90 jours de la 2ème à la 5ème année, 180 jours à partir de la 6ème année. Un employeur ne peut pas vous licencier pendant cette période en cas d'incapacité de travail — mais cette protection peut s'éteindre avant la fin de vos indemnités, ou inversement continuer après la fin du maintien de salaire. Les deux mécanismes s'appliquent en parallèle, pas l'un après l'autre.
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