Assurance-vie, SCPI, CTO : gérer vos placements français une fois résident suisse
Vous avez franchi le pas. Vous êtes résident suisse, permis B en poche, compte bancaire ouvert. Et là, vous réalisez que personne ne vous a expliqué ce qu'il faut faire avec vos placements français — assurance-vie, SCPI, compte-titres ordinaire — maintenant que vous ne payez plus d'impôts en France sur vos revenus du travail.
La question n'est pas anodine. Un rachat d'assurance-vie mal timé depuis la Suisse peut vous coûter entre 7,5% et 30% d'imposition inutile. Une SCPI mal structurée peut générer une double déclaration fiscale complexe pendant des années. Voici ce qui change vraiment, actif par actif, une fois que vous êtes résident suisse. Pour la vue d'ensemble de tous vos actifs avant et après le départ, voyez notre guide actifs financiers français et expatriation en Suisse.
Assurance-vie française : ce que change votre résidence suisse
L'assurance-vie française reste accessible depuis la Suisse. Vous pouvez conserver votre contrat, continuer à l'alimenter dans la plupart des cas, et effectuer des rachats partiels ou totaux. Mais la fiscalité applicable aux rachats change significativement.
La fiscalité des rachats depuis la Suisse
Quand vous effectuez un rachat sur votre assurance-vie française en tant que résident suisse, deux régimes peuvent s'appliquer selon la convention fiscale franco-suisse et la nature des revenus :
Prélèvement à la source par l'assureur français : par défaut, l'assureur applique un prélèvement libératoire. Le taux dépend de l'ancienneté du contrat et de la date de versement des primes
Prélèvements sociaux (17,2%) : depuis 2018, les résidents hors EEE — dont la Suisse — peuvent se voir appliquer les prélèvements sociaux sur les produits de contrats d'assurance-vie. La jurisprudence et les remboursements possibles méritent une vérification au cas par cas
Le timing optimal pour les rachats : si votre contrat a plus de 8 ans, vous bénéficiez de l'abattement annuel (4 600€ pour un célibataire, 9 200€ pour un couple) avant tout prélèvement. Étaler vos rachats sur plusieurs années fiscales peut réduire substantiellement la facture fiscale globale.
Faut-il clôturer son assurance-vie avant ou après le départ ?
Contrat de moins de 4 ans avec des plus-values significatives : rachat avant le départ peut être pénalisant
Contrat de plus de 8 ans avec des plus-values modérées : conserver et racheter progressivement depuis la Suisse en utilisant les abattements annuels
Contrat avec clause bénéficiaire optimisée pour la transmission : ne pas clôturer sans analyse successorale préalable
Le choix entre racheter avant ou après le départ mérite une analyse dédiée : Assurance-vie française et départ en Suisse : racheter avant ou après ?. Pour l'articulation avec la convention fiscale franco-suisse : Convention fiscale franco-suisse : les règles essentielles pour l'expatrié.
SCPI françaises : rendement réel et fiscalité pour un résident suisse
Les revenus fonciers de SCPI françaises restent imposables en France quelle que soit votre résidence. En tant que résident suisse affilié au régime suisse de sécurité sociale, vous n'êtes pas soumis à la CSG/CRDS mais au seul prélèvement de solidarité de 7,5% — au lieu des 17,2% applicables aux résidents français. Combiné à l'impôt sur le revenu foncier français (20% jusqu'à 27 478€, 30% au-delà), la charge fiscale globale reste un coût fixe à recalculer avant de conserver ces placements. Le détail figure dans notre article dédié : SCPI depuis la Suisse : ce que change vraiment votre résidence fiscale.
SCPI européennes : l'alternative à considérer
Les SCPI investissant dans des immeubles hors de France ont une fiscalité différente depuis la Suisse — les revenus fonciers sont imposables dans leur pays de situation, souvent à des taux plus favorables qu'en France.
Compte-titres ordinaire (CTO) français : arbitrages depuis la Suisse
La fiscalité des plus-values réalisées depuis votre CTO français suit la convention franco-suisse : les plus-values mobilières sont en général imposables uniquement en Suisse, au taux souvent nul ou très faible selon les cantons.
Opportunité concrète : si vous avez des titres en forte plus-value dans votre CTO français et que vous êtes résident suisse, la cession peut être fiscalement bien plus avantageuse que si vous étiez encore résident français. C'est l'un des premiers arbitrages à étudier après votre installation.
La déclaration fiscale suisse et vos actifs français
En Suisse, l'impôt sur la fortune s'applique à votre patrimoine mondial, y compris vos actifs français. Votre assurance-vie, vos SCPI, votre CTO et votre immobilier français doivent figurer dans votre déclaration fiscale suisse.
Pour choisir votre canton en fonction de votre profil patrimonial : Choisir son canton en Suisse : fiscalité et critères pour les cadres expatriés.
Le plan d'action pour optimiser vos placements français depuis la Suisse
Inventaire complet : listez chaque actif français avec sa valeur, son ancienneté fiscale, et les plus-values latentes
Analyse convention franco-suisse : pour chaque type de revenu, identifiez le pays d'imposition applicable
Timing des arbitrages : planifiez les rachats d'assurance-vie, cessions de titres et arbitrages de SCPI en tenant compte de vos abattements annuels
Rééquilibrage progressif : réduire l'exposition aux actifs de source française simplifie la situation fiscale sur le long terme
En résumé : conserver des placements français depuis la Suisse est possible et souvent pertinent à court terme. Mais chaque type d'actif a sa propre fiscalité croisée — et une stratégie de rééquilibrage progressif vers des actifs suisses simplifie la situation et réduit les coûts administratifs à long terme.
La prochaine étape concrète
La formation S'installer en Suisse — Le Guide Complet couvre en détail la prévoyance suisse (AVS, LPP, 3ème pilier) et son articulation avec les actifs financiers français. Un simulateur interactif vous permet de calculer votre situation personnelle selon votre canton et votre profil patrimonial.
Disclaimer : cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil fiscal, juridique ou financier personnalisé. La fiscalité des placements transfrontaliers évolue régulièrement. Consultez un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé en mobilité internationale avant tout arbitrage significatif.
